La charge mentale des femmes

Récemment, ça n’a pas dû vous échapper si vous êtes sur les réseaux sociaux (je n’y suis pas et je suis quand-même au courant!) une BD criante de vérité est sortie et a fait grand bruit: la charge mentale des femmes.

J’en parlais justement récemment avec mes collègues mamans: s’il est acquis quasiment partout, en tout cas dans ma génération, que les hommes participent plutôt spontanément et largement aux tâches ménagères, il reste la question de ce qui reste psychiquement sur les épaules des femmes, c’est à dire l’organisation. L’anticipation. La prévoyance. L’agenda sur pattes (ou sur talons). Les hommes font. Les femmes pensent et se souviennent (et font aussi, bordel!).

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Je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais chez moi, une répartition s’est faite tacitement. Nous avons une femme de ménage depuis ma reprise à temps plein (puis on l’a gardée pour mes problèmes de dos, puis pour ma grossesse, puis pour mes soucis post-accouchement, puis comme baby-sitter occasionnelle, bref, on ne peut plus s’en passer). Donc ce qui reste à se répartir, c’est l’entretien quotidien. Ca se fait plutôt naturellement. Sauf pour les lessives. Si Hamid devait les gérer, on dormirait dans les mêmes draps pendant 6 mois. Je me dis: c’est toujours le même problème: il n’y pense pas. Lui a une autre version: pour lui, c’est une question d’exigence. Ca ne le dérange pas de dormir plus de 2 semaines dans les mêmes draps même s’il a bavé et transpiré dedans. Je suis trop chiante (dieu que les hommes aiment cet adjectif. Une femme, c’est chiant, sinon c’est pas une femme).

J’entends cet argument. Mais le rappel de vaccin antitétanique de Fériel, c’est une exigence de ma part? Bah non, mais si je n’y pensais pas, notre aînée pourrait finir avec une méningite ou une polio. Ou le tétanos, évidemment.

Le plus désagréable dans tout ça, c’est la sensation de devoir toujours demander ou rappeler aux hommes ce qu’ils doivent faire. Les hommes croient qu’on adore ça: « Arrête de me parler comme à un gosse! » « Je sais ce que je dois faire! », ce qui chez moi donne: « Je ne suis pas ton 25ème élève! ».
Soyons claires. On a HORREUR d’endosser ce rôle qui nous fait immanquablement passer pour les mégères de service. Mais parfois, on ne sait pas comment faire autrement.

L’autre problème: « c’est bon, ça peut attendre, c’est pas parce que t’as décrété ça que je dois le faire dans la minute. »
Les hommes ignorent-là un principe que toute femme-à-80%-qui-ne-bosse-pas-le-mercredi connaît: le principe d’accumulation/débordement. Certes, ça peut attendre. Mais avec des conséquences. Avec ma meilleure amie, on en rigolait, elle disait qu’on devrait se coller une go-pro au front le mercredi et que ça donnerait un film 100% action-adrénaline à la Mad Max. On en vient à rentabiliser nos déplacements. Nos aller-retours dans les escaliers (attends, le bébé+le tas de linge+le biberon+le sac poubelle de la salle de bain à descendre en même temps, ça le fait? Et merde, j’en ai perdu un en route-jamais le bébé, je vous rassure).

J’ai lu aussi les réactions des mâles sur internet. Et me suis esclaffée bruyamment face à ceux qui nous opposaient: ah oui mais attention!!! Qui tond la pelouse? Qui taille les haies? Qui nettoie les gouttières? Qui répare ceci ou ça?
Certes. Mais je crois qu’on a tous compris qu’on parle de charge quo-ti-dienne. La pelouse ne se tond pas tous les jours même si c’est la tâche qui revient le plus souvent dans mes exemples, et même si je reconnais, pour ma part, qu’avoir une pelouse bien tondue me passe un peu au-dessus et que son entretien ne rentre pas dans ma charge mentale.

Alors Hamid creuse sa pensée: pour lui, sa charge mentale, c’est de gérer le boulot avec toutes ses contraintes de stress et de management pour pouvoir subvenir aux besoins de notre famille. Schéma du temps de l’homme des cavernes quoi.

– Bah oui Livia, tu te rends pas compte, mais toi tu as le temps d’aller chez le pédiatre, de prendre rdv chez l’ostéo, d’aller chercher de quoi faire le pique-nique de lundi, de…et d’y penser! Moi je bosse et toutes mes pensées sont prises par le boulot! (La chance!!!! Cf mon post sur mon métier).

– Bon ok. Notre couple n’est pas un bon exemple parce qu’il cristallise tout ce qui fait reproduction d’un schéma classique à l’ancienne: papa gagne plus que maman, maman travaille à temps partiel et a un métier moins prenant tant physiquement que moralement.

Et là je pense aux couples qui m’entourent. Chez certains de mes amis, c’est la femme qui gagne plus. Chez d’autres, le mari rentre du travail en même temps voire plus tôt que la femme. Chez d’autres enfin, c’est la femme qui a le métier à responsabilités. Alors comment ça se passe dans ces cas-là? Est-ce encore la femme qui sert de pense-bête vivant? Je pense aussi aux hommes veufs ou séparés. Ils doivent bien s’en sortir seuls, eux.

Parce que j’essaie de voir plus loin que les chicanes de bas-étage. On se plaint de ce rôle de pense-bête, mais on a tendance à se l’attribuer spontanément. On s’en plaint, mais serions nous prêtes à le lâcher le cœur léger à nos hommes?

 

 

4 réflexions sur “La charge mentale des femmes

  1. Lucie dit :

    Ah que de vérités Livia!
    J’assume tout seule étant célibataire mais quand j’ai connu la vie de couple (et je n’en veux plus!! « Libérée-Délivrée ») c’était pareil: « pourquoi tu laves? Ce n’est pas sale… » ou encore « Je le ferais plus tard… » sans oublier humoristiquement de rappeler à Mr que la cuvette du toilette se rabat et qu’elle n’était pas si près qu’il le pensait, la preuve….: les gouttes par terre!! « Ggrr ». Mais non, ce n’est pas sale…
    A un flash infos sur TF1 il y a 3 semaines environ ils étudiaient les rapports hommes/femmes concernant la prise en charge des taches ménagères. D’après une pro des relations, la femme fait tout parce qu’elle a « été élevée comme ça » et que comme bien souvent elle gagne moins bien sa vie que l’homme, c’est sa façon de compenser en gérant tout… Mais bien sûr! C’est certain, nous les femmes nous adorons les serpilléres, les rendez-vous médicaux dès que l’on pourrait avoir un peu de temps libre… Ca nous é-cla-te!
    A quand la greffe du disque dur externe comme « tête de secours » pour les femmes??!!

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  2. Tumaurasreconnue dit :

    La charge mentale, personnellement, elle m’évite de trop penser. Je la fabriquerais sur autre chose si je n’avais pas le quotidien à organiser. Je trouve que c’est plutôt une charge routinière qui n’a pas de conséquences importantes en cas d’oubli. ( je trouve que la charge mentale due au travail est plus stressante.) La plupart des tâches n’ayant aucun intérêt, elles peuvent se faire de manière routinière, sans y penser. Honnêtement, je crois que cette routine, qui me permet de ne pas être débordée, finit même par me rassurer. Je ne me pose pas la question du partage des tâches, ni du salaire, ou de l’égalité. J’ai grandi avec ma mère qui travaillait et mes deux sœurs aussi bordéliques l’une que l’autre, les tâches ménagères leur passent complètement au-dessus, puis avec ma mère et mon beau-père qui ont une répartition traditionnelle mais assez équitable.
    Je range, je nettoie , je m’occupe des enfants et de la maison comme de moi-même, cela fait partie des mêmes contraintes que de me brosser les dents, prendre une douche, je ne me pose pas de questions. je n’ai pas l’impression d’être conditionnée par mon éducation, mais plutôt par le fait que l’on est jamais mieux servie que par soi-même. Si j’aime avoir un frigo plein, du linge propre et une maison rangée, je m’en occupe. Mon mari pour lui ce n’est pas un problème. S’il a besoin d’une chemise, il l’a repasse. Pas besoin d’anticiper. S’il n’en a plus, il en rachète une ( de toutes façons, même s’il en a encore il en rachète).
    Certaines tâches en revanche me pèse, je ne m’en occupe jamais : comme la voiture et tout ce qui ressemble à un téléphone, ordinateur. Je ne sais même pas exactement quelle voiture on a, ni la marque de mon téléphone. Mon mari s’en occupe. Je remarque qu’avec le temps, la charge s’allègent aussi car mes enfants s’occupent d’eux mêmes de certaines choses, sans que j’ai eu à leur déléguer. Mon mari, dans l’ensemble, plus tu lui demandes de faire quelques chose, moins il le fait. Il ne fait aucun planning, vit dans le présent. Il a à peu près tout ce dont il a besoin dans le coffre de sa voiture et peut survivre sans avoir à ne rien prévoir, il est parfaitement autonome. De temps en temps, Ô miracle il range ses vêtements, trouve un copain pour réparer le lavabo, mais mieux vaut ne pas être pressée. Un jour tu rentres, tu as une nouvelle salle de bain. Quand il a envie de bien manger, il prépare le dîner, achète ce dont il a besoin ( puis envoie les enfants chacun leur tour acheter les ingrédients vue qu’il improvise au fur et à mesure et n’a rien planifié). Je trouve rassurant de pouvoir lui demander de faire quelque chose à ma place ( qu’il fera différemment, à sa façon) mais qui permet de savoir que je ne suis pas seule à tout gérer. S’il fonctionnait comme moi, à tout planifier, ce serait sûrement plus égalitaire, féministe et dans l’ère du temps, mais ce serait très chiant.

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    • lafamillebblog dit :

      Merci pour cet avis qui apporte de la fraîcheur et montre que nous ne sommes pas condamnées dans les rôles que nous nous attribuons, à tort ou à raison. Je pense que chacun a aussi un seuil de tolérance très différent, tu l’expliques très bien! En revanche, non, je ne t’ai pas reconnue 😉

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