Je commence à rêver de la rentrée

C’est le début de la fin.

Et ce n’est pas bon signe. Je suis une grosse rêveuse, chez moi, chaque pensée ou préoccupation peut se transformer le soir-même en scénario plus ou moins élaboré ou plus au moins agréable.

En ce moment, je rêve régulièrement de la rentrée. Ça veut dire que, sans que j’en ai encore conscience, je commence à stresser.

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Il y a le stress normal, inhérent à toute rentrée, et cette année démultiplié par le fait que je ne retourne pas dans ma deuxième maison, que je vais arriver dans un lieu que je ne connais pas, entourée d’inconnus, sans déconnades, sans rigolades et sans racontades, tout ce qui fait que la journée pétille, et que je me sentirai inévitablement comme le boulet qui traînera ses questions pendant plusieurs semaines, telle une âme en peine (Sont où les toilettes? Où est-ce qu’on s’inscrit à la cantine? Et les ballons, ils sont où? Je les récupère où, les élèves à 13h20? Etc, etc, etc).

Mais il y a surtout un stress plus profond, plus impalpable et indicible, cette peur de me prendre une gifle, de ne plus me sentir du tout à ma place, irrémédiablement.

C’est que ça fait un an et 3 mois moins mes deux semaines de reprise en juin, que je n’ai pas mis un orteil dans une école sous l’identité d’enseignante. Et je me sens magnifiquement bien. Mon métier ne me manque absolument pas. Mais alors pas du tout. La magie de la grossesse, le tourbillon de la naissance, puis l’aventure des blogs, font que je me sens depuis tout ce temps sur une autre planète déconnectée totalement de mon « moi maîtresse » (d’autant plus que ce métier s’exerce en y mettant beaucoup de sa personnalité), et je crains que le retour à la réalité ne soit extrêmement violent. Bon, j’ai bien préparé ma classe, jusque dans les moindres détails, mais je l’ai fait en juillet, ça me paraît loin, je ne ressens aucune envie, aucun enjeu, malgré le potentiel attrait de la nouveauté. Ça me fait peur.

Je pense à vous qui me lisez parfois du travail (j’ai mes stats, petits coquins), et j’ai l’impression d’être dans une dimension parallèle d’où je vous écrirais, j’ai l’impression que vous vivez une vie normale mais que de mon côté, je suis dans une bulle, à la fois connectée à l’extérieur et déconnectée d’une réalité professionnelle qui me paraît tellement lointaine qu’elle en est presque devenue évanescente (je sais, l’évanescence aura vite  disparu quand 15 enfants de 3 ans hurleront, pleureront et renifleront à mes oreilles le 4 septembre).

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Cette peur du retour à la réalité, certains lecteurs se souviendront peut-être que je l’avais quand j’étais enceinte et que finalement, la vie s’est chargée toute seule de me secouer comme un prunier pour me replanter les racines là où il fallait.

Mais ici, il ne s’agit pas de 9 mois dont on sait qu’ils finiront bientôt. Il s’agit de mon quotidien, d’un métier que je suis sensée assurer pendant encore 32 ans sauf mention contraire. Heureusement, je serai à mi-temps, et je ne vois pas du tout ce mi-temps sous l’angle: plus de temps pour mes enfants et moi (même si ce sera évidemment le cas et même le but premier) mais plutôt sous l’angle: moins de temps à l’école et plus de temps pour autre chose, dont le blog. Je commence déjà à penser à une future stratégie quand mon temps partiel finira, par exemple demander dès l’année prochaine un congé de formation pour enchaîner dessus aux 3 ans de Réjane. Peut-être aussi qu’au final tout ira bien, que je trouverai un équilibre intellectuel et de plaisir entre l’école et le blog, et que dans 15 ans, je serai toujours enseignante (Z’avez vu? Je me projette loin pour le blog!!).

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Je ferai mon travail consciencieusement, comme je l’ai toujours fait. Mais sans flamme. Ce doit être le cas de beaucoup de gens sur cette terre, mais moi, j’ai du mal à l’accepter et j’en ai honte, peut-être parce que je travaille « avec » et « sur » de l’humain. Je sens que je suis dans une période de latence, et les périodes de latence sont peu propices à l’enthousiasme. Une collègue de passage a dit un jour quelque chose qui m’a frappée: moi, quand je fais classe, faut que je me marre, sinon y’a plus beaucoup de plaisir. Je vais tenter de ne pas oublier ce sage adage, auquel j’avais recours auparavant, mais que j’ai eu tendance à occulter durant la difficile année 2016.

Mais je ne veux pas y aller. Je ne veux pas y retourner. Je sens que je suis ultra privilégiée d’avoir pu vivre ces 15 mois dans un autre espace-temps. J’ai pris tout ce qu’il y avait à prendre. Je les ai vécus pleinement. J’ose: j’en veux encore.

6 réflexions sur “Je commence à rêver de la rentrée

  1. Cloe dit :

    Je trouve ça très sain les remises en question que tu as vis a vis de ta carrière. On est en plus dans une génération qui change assez fréquemment de postes ou de métiers. En Australie par exemple la durée moyenne d’un salarié dans une entreprise est de 3 / 4 ans… Cela n’est pas du tout perçu comme de l’instabilité. Et ça l’est de moins en moins en France aussi car j’ai le sentiment que les reconversions, les changements de direction sont de plus en plus fréquents. C’est bien normal, on évolue au fil de notre vie, nos envies d’hier ne seront pas celles de demain. On peut se lancer dans l’aventure plus facilement, même si cela nécessite un minimum de sécurité financière au départ (formations…). Et puis…quel enrichissement ! Donc ne culpabilise pas, vois ce que ce nouveau départ peut t’apporter et si tu as envie de te lancer vers autre chose….ma foi, vas-y !!!

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    • LafamilleB dit :

      Merci Cloé, oui je sais que dans d’autres pays la mentalité n’est pas du tout la même. En plus, en tant que prof, on est persuadé qu’on ne sait rien faire d’autre puisqu’on n’a jamais quitté l’école…j’ai tellement peur de ne pas y arriver aussi…repasser par des examens, un mémoire…je ne sais plus ce que je vaux.
      Un projet est en train de mûrir doucement depuis que je sais que le congé de formation est plus long que ce que pensais. Des pistes que j’avais écartées se réouvrent… J’ai l’impression que la vie m’appartient et c’est grisant et effrayant à la fois…

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  2. Adeline dit :

    Dans une dizaine de jours, j’intègre un nouvel établissement. Celui que je demande depuis sept ans, dont je n’osais rêver. Et pourtant, après une année entière sans avoir enseigné, j’ai peur de ne plus savoir faire. J’ai des obligations financières qui me poussent à reprendre à plein temps, avec mes trois bouts de choux dans les pattes. Il va falloir que je puise dans mes ressources l’énergie de tout faire, comme avant, mais avec un bébé qui ne fait pas ses nuits, j’angoisse… je n’arrive pas à me remettre au travail car je n’ai pas pu me projeter: le principal n’a pas trouvé important que je vienne préparer la rentrée début juillet.
    Je regrette de ne pas avoir préparé de quoi subvenir à une année de congé parental, j’étais bien chez moi! Mon homme me soutiendrait sans sourciller pour un mi-temps, mais bon… je crois que du coup, quitte à y retourner, autant recevoir un salaire entier car dans le secondaire, aucune garantie que l’edt soit à mon avantage… Bref, c’est dimanche soir, mon mec reprend demain et c’est la dépriiiiiiiime! (Mais j’aurai une petite pensée pour toi le 4 😊)

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    • LafamilleB dit :

      Je compatis Adeline, c’est vrai que je n’ai pas à me plaindre et que pour toi ça va faire énormément à gérer en même temps. Les premiers temps vont être sportifs c’est certain! Et puis tu peux changer d’avis pour l’année prochaine pour le mi-temps non? J’espère que tout se passera bien dans cet établissement rêvé 😉

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  3. Morgane dit :

    Ohhhhh Livia, comment dire??? Tu es dans ma tête ?
    2 mois que je dors très mal car j angoisse à mort de ce grand pas dans l inconnu!!! Tes premières lignes m ont arraché une larme, c est exactement ce que je ressens!!! Vous allez trop me manquer c est pas humain! Et je commence à me demander quelle mouche m a piquée (il serait temps!)
    Et moi je n ai même pas à me demander où on s inscrit pour la cantine puisqu IL N Y A PAS DE CANTINE POUR LES ENSEIGNANTS !!! Je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises, vraiment…
    Alors les congés mater en moins puisque je n en ai connu qu un il y a 9 ans, le mi temps en moins aussi (dommage), et le projet de reconversion toujours inexistant (malheureusement), je suis dans le même état d esprit: je bloque! Je ne veux pas y aller!!! Et contrairement à toi et à moi ces 17 dernières années, je n ai toujours pas réussi à me mettre au boulot, c est le rejet total!!!
    C est un mélange de peur, de flemme, de fatalisme qui ne m aide en rien mais que je n arrive pas à dépasser. Et malgré mes 17 ans d expérience dont 12 dans ce niveau, je me sens comme une débutante, l impression de ne plus rien savoir…
    Bref, les cauchemars de rentrée ont, chez moi aussi, débuté bien plus tôt que prévu !

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    • LafamilleB dit :

      Je ne vous ai pas mentionnées mais c’était volontaire, j’essaie vraiment de ne pas penser à vous dans cette nouvelle équation sinon je me pends 😂
      Je ressens la même chose que toi, y compris la sensation de ne plus rien savoir, j’entrevois mes élèves de PS comme une armée du Mordor qui m’engloutira sous ses pleurs et ses cris, malgré mes 5 rentrées en petite section!!
      On en reparle mercredi au Resto 😉

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