La colère s’en va, le deuil commence

Ces derniers jours, j’ai conscientisé que la grossesse et la maternité allaient me manquer. On y est.

J’ai cru que ce serait simple et vite plié. J’ai cru que j’étais vaccinée. D’ailleurs, quand j’ai raconté mon accouchement et mes suites de couches autour de moi, les réactions ont été spontanées et unanimes: « Ah, bah au moins t’es vaccinée!! ». Oui, je l’étais. J’étais vaccinée parce que j’étais en colère. En colère contre moi-même. Contre le corps médical. Contre mon corps. Mais un deuil ne se décrète pas. Il se vit. J’ai franchi plusieurs étapes d’un seul coup, et je sens maintenant qu’il me faut revenir en arrière pour expérimenter les paliers que j’ai pulvérisés sous l’assaut de ma rage.

the-end

Huit mois ont passé. Mon bébé est un amour. Nous avons trouvé notre équilibre. Réjane est une véritable source de bonheur à laquelle nous nous abreuvons, tous. Son sourire désamorce des tensions. Des pleurs. Des crises. Heureusement qu’on l’a faite. Heureusement qu’elle est entrée dans nos vies. J’ai perdu cet été, sans trop m’en rendre compte, les 2 kilos qui me restaient. Ma balance affiche le poids que je faisais à 17 ans, même si mon corps n’est plus le même. Mon périnée est en béton armé ou presque. Il ne me reste « que » 7 centimètres de tour de ventre à perdre. Mes seins ont légèrement grossi. Je ne suis pas fatiguée. Je me sens bien.

Je me sens à ma place dans mon foyer.

Je ne suis plus en colère. Je me sens réparée physiquement (bientôt) et moralement de ce troisième accouchement. Et du coup, je commence à lorgner imperceptiblement vers les ventres des femmes enceintes, surtout quand elles attendent leur 3ème ou leur 4ème enfant. J’en étais là il y a un an. Ça me paraît être hier. C’était moi. Ce ne sera plus jamais moi.

Alors évidemment, quand je sens cette nostalgie et cette envie monter, je fais appel à toutes les horreurs que j’ai vécues, aux réminiscences de ma féminité détruite, de la douleur, de l’humiliation. Je fais appel à tous les projets que nous voulons concrétiser, à mes envies de me réaliser autrement, à la volonté que j’ai toujours eue d’être une maman plutôt jeune.

Je fais appel à ma raison.

Et elle gagne, bien-sûr. Mais derrière, l’instinct est là. Flou, en arrière plan, filant, presque risible, après tout ce que j’ai traversé, après une dépression post-partum, et à notre époque, où nous avons tant à vivre en dehors de la maternité. Il est là, puissant malgré tout, mâtiné de tristesse, et je sais bien que la tristesse est une étape du deuil. Il est là, au creux de moi et c’est de cet instinct dont je vais devoir me séparer, doucement, lentement mais sûrement, pour faire coïncider projet de vie et renonciation.

Ça y est, je le sais: c’est seulement maintenant que je débute mon deuil de la grossesse et de la maternité. N’hésitez pas à me raconter le vôtre, où votre façon de l’envisager.

6 réflexions sur “La colère s’en va, le deuil commence

  1. Adeline dit :

    Malgré mon accouchement sauvage, je ne fais pas le deuil. Je m’étais dis que c’était fini, que je n’en voulais plus. Mais depuis qu’Iris est née, je fais des calculs: d’écart d’âge, de depenses, de travaux pour aménager une 5ème chambre, de place (ou caser les cartons de fringues bébé trop petites), de temps (si si, là j’aurais largement le temps de m’occuper d’une tribue) … je vois le chiffre 4 partout. Bref, je n’en ai pas fini avec la maternité, qu’elle soit fantasmée ou non…

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    • LafamilleB dit :

      C’est fou comme ça revient vite quand-même ce désir, nos filles ont à peine 8 mois!! Tu abordes la question sous un jour très concret, je pense que pour toi il y aura effectivement un 4ème! Et le papa, il en pense quoi? Tu arrives à gérer les 3 à temps plein, actuellement?

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      • Adeline dit :

        Le papa n’est plutôt pas pour. Mais je le connais. Si cette envie devient un désir profond, il ne fera pas d’opposition bien longtemps. On gère plutôt pas trop mal les 3, avec la reprise à plein temps, les activités sportives de tous, même si j’ai l’impression de faire 48h en 24h. Je pense tout de même sérieusement à réduire mon temps l’an prochain, pour courir un peu moins…

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      • LafamilleB dit :

        Franchement je vous admire, j’ai la même impression côté temps mais en bossant à mi-temps! Sauf mon jour « off » avec Réjane où je me pose vraiment. Si tu es comme moi, à savoir planter et arroser ta petite graine, monsieur va finir par plier sans même s’en rendre compte 😀

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  2. Carole dit :

    Tu vois Livia, j ai la sensation de faire le cheminement inverse du tien.
    J ai adoré mes grossesses et ai toujours su que cet état me manquerait. Il me manquait déjà aussitot après chaque grossesse, et avant le 1er anniversaire de chaque bébé, j étais déjà nostalgique de la période « nouveau né « .
    J ai eu la chance d avoir des grossesses sans complications et plutôt épanouies. Mais surtout, ce qui me manque de ces périodes, c est ce côté « hors du temps », cette parenthèse dans la vie où ton corps et ton esprit ne se concentrent que sur ce projet.
    Dès les tests positifs, et jusqu’à la sortie de la maternité, je suis dans une bulle. Je n ai jamais tenté d écourter les séjours à la maternité (j ai même bien mal vécu la mise a la porte forcee a J+2 pour Jasmine..)car ça signifiait sortir de cette bulle, le projet était abouti, la vie « normale  » reprenait. .et ça a toujours eu pour moi un goût amer malgré la joie de découvrir mon bébé.
    Même si j ai eu des bébés très compliqués au début, qui dormaient peu, ou n importe comment, la période nouveau né reste pour moi un souvenir unique. Tout tourne autour de lui, la vie n a pas encore complètement repris. Et même les sensations de mon corps post parfum me manquent, si si. Les douleurs, les tshirts pleins de lait. .c est signe que je viens de donner naissance, que c est encore tout frais. C était avec « bonheur » que j ai ressenti à nouveau les douleurs des tranchées et des montées de lait pour Jasmine (Je sais que te dire ça à toi ça doit te faire bondir mais si si!😂), je revivais ces 1ers temps de Lilia qui me manquaient.
    Quand Yanni est né, quand on me l a posé sur le ventre, je me souviens très clairement avoir pensé : » c est impossible que ce soit la dernière fois que tu vives ça « . Ces sensations , ces odeurs de bébé gluant (quoi c est dégueu ? Dit comme ça oui un peu mais c est clairement les hormones qui parlent), ce 1er cri, ce bébé que tu découvres en même temps que les douleurs s en vont enfin. .je me suis dit qu’ il fallait absolument que je garde ces qqs minutes en mémoire autant que possible.
    Je crois que s il m était donné de revivre n importe quel moment de ma vie ce serait celui là .
    Donc j ai toujours su que ça me manquerait.
    La naissance du bébé à toujours mis fin au « projet », j ai toujours eu ce deuil à faire..jusqu’au bébé suivant.
    Évidemment que les mois et années qui suivent sont aussi formidables et que j aime autant élever mes enfants et les voir grandir que les porter et les mettre au monde hein!
    Mais j en ai toujours voulu 3, donc je me suis longtemps dit  » je revivrai tout ca ».
    Maintenant non, et ça me manque.
    Yanni et Jasmine ont 20 mois d écart, j ai eu peu de temps pour mûrir le projet 3eme bébé et voilà qu’ il était déjà là. .j ai eu peu de temps pour me faire à l idée que c était fini.
    Je me force à faire ce deuil…et je crois que finalement j y arrive car les besoins de mes enfants priment sur mes désirs.
    Quand j imagine un 4eme, je suis submergée par le désir de revivre tout ça. Puis je vois mes journées, le travail que ça demande, la culpabilité toujours là (est ce que je donne assez d amour aux 3? Est ce que Lilia ne préférerait pas avoir une chambre toute seule? Pourquoi Jasmine n a pu profiter que 20 mois de son statut de bébé ? Et Yanni, j ai repris le boulot bien plus tôt avec lui qu’ avec Jasmine. ..bref j ai souvent l impression de léser tout le monde )
    Donc ce 4eme bébé. ..ce ne serait pas un cadeau à lui faire, ni à ses frère et soeurs.
    J arrive à me dire qu’ il faut profiter de ce qu’ on a, qu’ on a les moyens d offrir tout ce qu’ on veut à nos 3 enfants mais pas à 4, qu’ on ne manquera jamais d amour mais de temps,si, qu’ on a une belle fratrie qui est. .complète.
    Et je ne mettrai pas ça en péril pour assouvir mes propres désirs même si ça me crève le coeur de ne plus jamais ressentir de coup de pieds ou de respirer les cheveux d un nouveau né…
    Reste le  » peut être dans qqs années, quand on n aura vraiment plus de bébé « .. Mais justement, on aura sûrement envie de faire autre chose avec nos enfants, sans dépendre du rythme siestes/couches. Puis j ai 34 ans..puis mon mari ne veut pas..
    Alors la raison arrive à prendre le dessus, petit à petit. Mais c est dur..

    (Ps. Pour la suite des aventures, je ne t ai pas oubliee et réponds sans faute à ton mail ce week end, cette semaine est juste sans fin !😣)

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    • LafamilleB dit :

      Je me retrouve dans tellement de choses que tu décris: le bonheur d’être enceinte. Depuis le test jusqu’à l’accouchement (enfin, presque!). Le fait d’être dans une bulle. Par contre, j’ai vraiment vécu différemment chaque accouchement et chaque « après bébé ». Pour Fériel: dépression. Pour Jasmée: C’est Hamid qui a fait une dépression ou presque, et j’ai porté ma famille à bout de bras comme jamais je n’aurais cru être capable de le faire. Il n’y a que pour Réjane que j’ai vraiment savouré la période nouveau né. Je n’ai jamais eu de grossesse difficile. D’accouchement « abîmant ». De bébé très difficile (même si Jasmée l’a été plus que les autres). Alors faire son deuil dans ces conditions est forcément plus complexe que si tout avait été compliqué et douloureux.
      C’est drôle que tu décrives les suites de couche comme un argument, parce que ces dernières ont été d’une violence sans nom pour Réjane. Pourtant, je l’avais déjà vécu, je savais ce par quoi j’allais passer, mais ce sang, ces seins, ce ventre, j’avais l’impression qu’on m’avait tabassée. Je l’ai extrêmement mal vécu. Et franchement, c’est THE raison pour laquelle je ne referai plus d’enfant. Je ne veux plus me sentir défoncée.
      Quant aux raisons plus pratiques, ce sont quasiment les mêmes que les tiennes: LE TEMPS. Déjà cette impression de courir partout, que le temps n’est plus forcément de qualité. Envie de pouvoir leur payer de bonnes études. Peur aussi de jouer à la loterie de la normalité.
      Si on avait une nounou à temps plein, que j’étais méga riche, bien-sûr qu’on en ferait 4. Hamid aussi a son deuil à faire. Celui du garçon aussi.
      Envie, grosse grosse envie de voyager avec les enfants, mais pas petits. Refaire un enfant recule d’autant ces projets. Plus envie de me débattre avec les sièges-auto, les poussettes. Envie d’un virage professionnel.
      Bref, que mes raisons rejoignent les tiennes ou non, je comprends cette envie qui te prends aux tripes, on sent vraiment que c’est animal et reproductif cette histoire! Et puis, tu as 34 ans, moi 33, ça fait jeune. On a encore des années de fertilité devant nous, ceci doit expliquer cela!

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