Les repas ou la philosophie du « Tu laisses »

Suite à l’épisode d’une élève de mon école qui a recraché par le nez un repas qu’on l’avait forcée à manger la veille, j’ai eu l’envie d’aborder notre façon très décomplexante d’envisager les repas dans la famille. C’est parti.

S’il y a bien un domaine où nous avons abandonné absolument toute forme de chantage et de pression envers les enfants, c’est celui de la nourriture et des repas.

Il faut dire qu’on a accumulé les bêtises avec Fériel jusqu’à ses 18 mois environ: chantage, menaces, cris, diversions y compris par vidéo, récompenses…tout le répertoire y est passé. Jusqu’à ce que je décide brusquement de lâcher tout le lest et de ne plus faire de l’alimentation un enjeu. Pourquoi brusquement? Je ne sais plus. Est-ce un article que j’avais lu? Le sentiment que tout cela avait un lien avec la violence? La conviction que c’était totalement inutile?

Aujourd’hui, chez nous, pendant les repas, c’est simple, clair, net et précis:

Mes filles mangent? Tant mieux. Elles ne mangent pas? Je m’en tamponne le coquillard. Je me suis aussi promis de ne plus jamais réitérer les erreurs passées avec les cadettes. Hamid, qui a plus de mal avec cette façon de fonctionner (gâchis potentiel, et le fait que petit, il était obligé de terminer son assiette même s’il n’avait plus faim), a parfois des relents de « si tu manges tes…tu auras… ».

De mon côté, j’estime que ce n’est pas à moi de décider quand mes enfants sont arrivés à satiété. Je détesterais également qu’on m’oblige à manger une assiette entière de fenouil ou d’olives. On a le droit de ne pas aimer. J’aurais horreur enfin, qu’à tous les repas, on me harcèle en se plantant à deux centimètres de mon visage en me lançant un implacable et indiscutable « MANGE » toutes les deux minutes. Je veux que mes filles développent un rapport simple et sain à la nourriture, et ne fais donc pas ce que je ne voudrais pas qu’on m’impose dans ce domaine.

Berk, berk, berk, berk, berk. Si je le pense, elles aussi ont le droit de le penser.

Ce que ça donne? Tu goûtes. Même une mini-cuillère. T’aimes pas? Tu laisses. T’en veux plus? Tu laisses. T’as pas/plus faim? Tu laisses. Sans commentaire. Pas un « Tu laisses », suivi de « tu manges jamais rien », « et ça va toujours à la poubelle », « t’es pas bien grosse hein », « qu’est-ce que tu es difficile… ». Non. Juste, TU. LAISSES. Par contre, quand elles ont réclamé, elles finissent. Simplissime et extrêmement reposant. Ça valait vachement la peine de se prendre la tête à diversifier à coup de potiron-panais et courgettes-haricots verts quand elles étaient bébés.

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Évidemment, elles mangent quand je leur prépare des spaghetti. Mais pas ceux de l’image. Y’a des machins verts.

Résultat? Globalement, elles mangent peu de fruits et légumes (pourtant nous, nous en mangeons). Elles rechignent sur beaucoup de choses. Mais elles s’ouvrent parfois à des choses étonnantes: mûres. Brocolis. Moules. Maroilles (bah oui, on est cht’i ou on ne l’est pas. J’ai d’ailleurs une excellente recette de pâtes au maroilles pour les volontaires. Ah nan. J’avais dit que je ne transformerai pas ce blog en journal de conseils culinaires).

Je relativise en me disant qu’enfant, j’étais difficile et qu’aujourd’hui, je mange de tout. Que l’éducation alimentaire se fait sur toute une vie. Je continue de leur proposer des légumes. Je prépare parfois avec elles. Mais je ne cuisine jamais autre chose. Elles mangent ce que j’ai préparé. Ou elles ne mangent pas. Ça ne m’atteint absolument pas. Mes filles ne sont pas bien grosses, mais ça aussi, je m’en fous.

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Je m’en fous parce que j’ai tout sauf le temps et l’envie de composer de jolies, mignonnettes et coquettes assiettes après une journée de boulot ou 3 rendez-vous pédiatre-dentiste-podologue.

Les repas se passent du coup dans une sérénité à toute épreuve et nous pouvons discuter d’autre chose que « finis ton assiette! », « si tu manges tes courgettes tu auras une glace en dessert! » et autres remontrances.

Ce qui ne règle nullement une autre problématique: comment les faire taire pour qu’elles avalent plus de nourriture que d’air? 

Et chez vous, comment se passe l’heure du repas?

 

14 réflexions sur “Les repas ou la philosophie du « Tu laisses »

  1. Madame Bobette dit :

    Je trouve que c’est une approche très saine de la nourriture avec tes puces! J’ai encore du mal à relativiser mais je prends de plus en plus de recul sur la nourriture également et du coup on s’énerve de moins en moins. Par contre on n’est pas sur la même longueur avec Monsieur Bob… Moi j’ai tendance à lui proposer quand même fromage ou dessert même si elle n’a pas mangé car ça me gène tout de même ce petit ventre vide alors que pour Monsieur Bob, c’est niet… Qu’elle est la meilleure solution: je ne sais pas.

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    • LafamilleB dit :

      La question s’est posée aussi ici et monsieur a eu d’abord la même approche que le tien. Mais si on part du principe: qu’elles ont goûté/qu’elles n’ont plus faim/qu’elles n’aiment pas, je ne vois pas pourquoi elles devraient être punies. On n’est pas puni parce qu’on n’aime pas. Ou parce qu’on n’a plus faim. Donc ici c’est dessert. Et papa a fini par l’accepter.
      Merci pour ton retour 👍🏻

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  2. marine dit :

    Chez nous on leur en sert un petit peu, elles doivent gouter deux petites cuilleres et si elles n aiment pas, on ne leur en ressert pas mais comme toi on ne prépare rien d’autre n’ont plus…elles ont également le droit au dessert.par contre si elles en on redemandé, la c’est obligation de terminer car je ne conçois pas de jeter la nourriture…

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  3. Elvire dit :

    Ici, nous tendons également à cette méthode du lâcher prise (après avoir également tenté chantage, remontrances, assiettes « food art »…) et depuis, le repas est devenu plus convivial. Et notre astuce anti gâchis? On donne les reste aux poules ou bien direct au compost! C’est très déculpabilisant et ça nous apporte de bons œufs en retour ou du bon terreau! A quand les poules chez vous?

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    • LafamilleB dit :

      C’est effectivement le seul point noir de notre « méthode », le potentiel gâchis…On va déjà essayer de garder notre potager vivant, et on verra pour les poules, mais ce sont de bonnes idées! 😊

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  4. Nadine Debert dit :

    tu as tout à fait raison livia ! bravo ! les filles ne se laisseront pas mourir de faim j’ai le souvenir de morceau de steak que je mâchais et n’arrivais pas à avaler c’était l’horreur et j’étais sauvée quand j’arrivais à refiler tout ça au chien sous la table ! quand mamie faisait un rôti elle disait « qui veut la ficelle » et je répondais  » moi ! » mais ça marchait pas ……

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    • LafamilleB dit :

      C’est une question inter-générationnelle qui du coup se pose aussi quand elles vont chez les grands-parents (qui sont au courant de notre façon de faire et se calquent dessus). Pourtant maman aussi me forçait parfois à finir des trucs que j’aimais pas (genre la soupe pleine de fils) et Amina était clairement dans cette logique aussi. Les fois où j’ai voulu forcer mes filles à manger ou à finir, je me suis trouvée dans des situations tellement absurdes et ridicules, qui mettaient à mal mon autorité au lieu de la conforter, que j’ai pris du recul et me suis promis de ne plus me retrouver dans ces situations. Je veux que manger soit un PLAISIR, d’autant plus que je sais que les filles sont davantage sujettes aux troubles alimentaires.

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  5. Ariane dit :

    Même méthode ici et force est de constater qu’elle fait ses preuves ! Bérénice mange absolument de tout, sans rechigner, un vrai modèle à table (elle mange mieux que sa mère ! 😉 )… qui influence très positivement sa soeur, à n’en pas douter. Après avoir connu un an de galère monstrueuse côté repas quand elle était bébé, où je finissais en pleurs à chaque fois, je mesure chaque jour le plaisir d’avoir des temps de repas joyeux et sans heurts. Mieux : avec des compliments quasi quotidiens (pour moi qui n’aime pas cuisiner à la base, quel bel encouragement !). C’est même plutôt l’inverse par rapport à beaucoup de familles : je me demande toujours comment je vais contenter mes deux petites goulues, tant elles mangent ! Côté assiettes non finies, on limite toujours nous aussi, mais on a une arme autre que les poules : un papa ogre qui ne laisse jamais une miette, très pratique pour les restes !

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    • LafamilleB dit :

      Eh bien ici on n’a pas les mêmes effets, il faudra que tu me donnes ton secret!
      Ce doit être hyper agréable de cuisiner et d’avoir de bons retours parce qu’ici c’est l’inverse (et comme toi j’aime pas cuisiner…)! Quant à la technique du papa, vue en direct, elle est effectivement radicale 😄

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  6. Amandine dit :

    Chez nous, c’est pareil que toi après des débuts difficiles avec Enna. Et maintenant tout va bien et ma foi, ils mangent!

    Mais LA question, je dirais même, THE question est la suivante : comment les faire manger proprement??????? Je suis loin d’être une maniaque de la propreté (mais je m’améliore). Mais les doigts dans l’assiette, puis dans les cheveux, le riz par terre, les petits pois etc… Que faire?????

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    • LafamilleB dit :

      Ici on a une fille qui mange proprement (Jasmée), et une qui en met partout (Fériel). On ne sait pas quoi faire. Si déjà elle arrive à fermer la bouche en mangeant pendant un repas complet, on est content, alors une chose à la fois! 😉
      Mais que faire, oui?!
      Quelle éducation n’empêche ces repas! C’est une vitrine parentale à l’extérieur!

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