Lettre à ma psy

Peut-on devenir ami(e) avec son (ex) praticien?
Ce matin, je vais donner, la mort dans l’âme, une lettre à ma psy. Je lui dis au revoir et pas adieu.

Depuis le début, je sentais qu’on allait en arriver là. J’ai lutté, j’ai tout fait pour qu’elle reste MA psy, mais de toute évidence, c’était voué à l’échec dans les deux sens.

Pourra-t-elle devenir une amie? Après tout ce que je lui ai confié? Je ne connais quasiment rien d’elle, notre relation est tellement déséquilibrée…

Je prends le risque. Elle ne peut plus, de toute façon, rester ma psy. Alors je n’ai rien à perdre.

Ayons le courage d’oser, et vive la vie et les belles rencontres qu’elle nous offre…

img_2694-1M,

Nous avons discuté de la nécessité et de la possibilité de nous séparer à plusieurs reprises. Vous commencez à me connaître et vous savez que j’agis. Je suis prête.

Aujourd’hui je démissionne de mon travail de patiente. Aujourd’hui je vous quitte. Je vous quitte pour la plus belle des raisons, je vous quitte parce que vous et moi avons trop de sympathie, et j’oserai même d’affection l’une pour l’autre.

Je vous quitte parce que j’ai rencontré une femme formidable, une femme intelligente, drôle, subtile, humaine.

Je vous quitte parce que vous vous reconnaissez trop en moi. Je vous quitte parce que nous n’avançons plus, malgré tous nos efforts respectifs.

Vous savez que ça ne remet en aucun cas en question vos compétences professionnelles.

Vous m’avez dit que changer demande du courage. Je vous le confirme. J’ai peur. Peur de regretter. Peur que le psy qui continuera avec moi ne soit pas le bon. Peur de devoir tout recommencer. Peur de me décourager.

Nous nous sommes promis que ce ne serait pas une fin. Alors j’ai aussi une crainte plus sourde. Celle que je ne vous plaise plus en tant que non-patiente. Celle qui n’y ait plus d’alchimie. Celle que ça ne colle pas dans un contexte non professionnel. Vous tutoyer va prendre du temps.

Aujourd’hui, je prends le risque de vous quitter parce que j’espère et je pense que ce qu’il y a devant nous est plus adapté que ce qu’il y a derrière nous.

Néanmoins, merci. Merci car lorsque je suis venue vous voir il y a presque deux ans, j’étais brisée, perdue, éparpillée. Je souffrais horriblement. Vous m’avez apaisée. Confortée. Rassemblée. Vous n’avez pas de recette. Vous n’êtes pas une magicienne. Mais croyez-moi, malgré ce putain de transfert, vous avez fait du bon boulot.

Je remercie la personne qui, par un hasard qui n’en est sûrement pas totalement un, m’a mise sur votre route.

Ce n’est pas une fin, alors je vous dis à bientôt, autour d’un café comme vous me l’avez providentiellement proposé,

Livia

16 réflexions sur “Lettre à ma psy

  1. Ariane dit :

    Je trouve cela super beau et courageux, et si elle a proposé le café, c’est bien qu’elle aussi pense à cette suite potentielle. C’est quelqu’un qui a ton âge ? C’est un contexte un peu différent, mais j’ai déjà eu un coup de foudre amical, pour mon opticien, il y a quelques années. Je sentais vraiment qu’entre nous, ça allait coller. On a en ri un moment avec Matthieu avant que j’ose franchir le pas de l’inviter à déjeuner (j’avais peur qu’elle pense à une invitation sentimentale !). Je ne l’ai jamais regretté, l’amitié a bien été au rendez-vous après ! D’ailleurs, je m’en vais lui envoyer un petit cadeau pour l’arrivée de sa troisième fille !

    J'aime

  2. Cendra dit :

    C’est marrant, je me suis posée la même question. Le courant passait si bien avec ma psy et nous avions tellement de points commun que ça en était étrange! J’ai eu et j’ai encore des tas d’occasions (qu’elle m’avait proposées) de la côtoyer en dehors de son cabinet, mais j’ai peur. J’avoue que la relation psy/patient, très formel, me plaisait, je trouve ça confortable alors que, passer à une relation d’amie/amie m’effraie énormément! J’ai bien trop peur qu’elle ne m’apprécie plus et peur de commencer sur une base si déséquilibrée (elle connait tout de moi et moi si peu d’elle), tout comme tu le dis très bien dans ton article!
    Je crois qu’une belle relation s’ouvre à toi. Je te souhaite un bon moment autour de ce café, qu’il soit le début de pleins d’autres! 🙂

    J'aime

    • LafamilleB dit :

      C’est certain que je franchis là une barrière normalement infranchissable. Elle n’est d’ailleurs franchissable qu’à une condition, que la relation soignant/soigné s’arrête.
      C’est fait. Je verrai bien ce que ça donne. Ce qui est certain c’est que je l’ai fait contre mon gré. Je l’ai fait uniquement parce que c’était nécessaire.
      Tu arrives à avancer avec ta psy malgré cette relation ambiguë?

      J'aime

      • Cendra dit :

        Un jour, à la fin d’une séance, je lui ai dis que je la recontacterai pour reprendre rendez vous et je ne l’ai finalement pas fait depuis. Je crois que, elle et moi savions que je n’avais plus besoin d’elle (pour le moment tout du moins). Je reste donc sans la revoir, mais je crois que je n’ai pas envie de « briser » ce bien être que nous avions dans notre relation psy/patient. Pour le moment je ne ressens pas le besoin de la revoir en tant que psy et je suis encore trop apeurée pour la découvrir en tant qu' »amie ».

        J'aime

      • LafamilleB dit :

        Je te comprends parfaitement. Tu veux la garder « au cas où », ce n’est pas du tout péjoratif, c’est juste une relation qui t’apporte sécurité et satisfaction. Il faut toujours faire comme on le sent. Si tu te « forces », dans un sens ou dans l’autre, il n’en ressortira pas quelque chose de constructif.
        Moi j’ai senti que j’étais prête. Elle, beaucoup moins, vu qu’elle m’a proposé un autre rdv en fin de séance. Je lui ai dit en rigolant: « Pour se redire au revoir? », elle m’a répondu: « non, mais pour euh…continuer sur ce qu’on disait, j’ai terminé la séance un peu brutalement! » Elle m’a redit qu’elle attendait toujours nos séances avec impatience. Bon, bref, du bon gros transfert hein!
        Le transfert est absolument nécessaire en psy, elle m’a expliqué que sans transfert elle n’arrivait à rien avec ses patients, c’est juste que ce transfert ne doit pas empiéter sur la thérapie…Là, elle m’a dit qu’elle faisait ou disait des trucs avec moi qu’elle ne faisait avec aucun autre patient, et que ça nuisait à sa prise de recul professionnelle. Il n’y a pas d’obligation à être « amies » si vous trouvez un équilibre autrement!

        Aimé par 1 personne

  3. Je ne suis pas une Poule dit :

    Je vis « un peu » la même chose, à un autre niveau, avec mon (ma) médecin traitant… On s’apprécie vraiment et je sais qu’elle comme moi aurions envie d’être amie… Mais elle a tout vu de moi, tout! Tout su de mon anatomie, de mes petits tracas… C’est difficile de mettre tout ça de côté et en même temps… Je suis sûre que cela vaut le coup.

    J'aime

    • LafamilleB dit :

      Ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à vivre ces questions de transfert. Comme je l’ai dit plus haut, avant de construire quelque chose dans ces cas-là, il faut détruire quelque chose et c’est ça le plus difficile: on a une relation établie, une relation de confiance, et on fait tout voler en éclats pour quelque chose qui n’aboutira peut-être pas…
      Si je prends le risque de le faire c’est que je n’ai plus le choix et que j’ai plus à y gagner qu’à y perdre…quant à savoir si ça en valait le coup…la suite au prochain épisode 😄

      J'aime

  4. Picou dit :

    C’est une situation que je n’ai pas connue, mais je comprends ta crainte de te dire, une fois passée la relation d’un autre côté, est ce que ça ne changera pas? Pas si facile mais c’est un risque à courir, qui peut t’apporter du bon, tant que tu arrives à différencier ses futures réactions persos, de ses réactions professionnelles!

    Aimé par 1 personne

    • LafamilleB dit :

      Je l’ai fait autant dans l’optique de continuer à progresser sur moi-même, et dans l’optique d’essayer un autre type de relation…J’espère qu’au moins, l’un des deux objectifs réussira, et que je ferai une méga analyse avec mon prochain psy, tout en déconnant toujours avec mon ancienne!

      J'aime

  5. Amandine dit :

    J’avais commencé une réponse mais au final j’étais à côté du sujet abordé.
    J’ai du mal à me détacher de mon moi psy pour répondre.

    Une partie de moi trouve ça top que tu parviennes à faire ce choix difficile. Vraiment.
    Et une autre se met du côté de ma projection psy (qui n’a peut être, certainement même, rien à voir avec ta psy à toi qui te connais et qui connais votre relation). Je me suis demandée comment je réagirai si je recevais une lettre comme la tienne. En 1er, je trouverais ça génial parce que tu dis qu’elle t’a aidé à avancer, parce qu’elle est très positive et courageuse, etc. Mais sur la partie amitié, je crois que je serai trop en difficulté face à cette demande. Pourtant, il y a bien eu des patients avec qui je m’entendais bien. Mais passer le cap…ça me bloquerait. Ce qui ne veut pas dire que c’est impossible, loin de là. On réfléchit souvent au cadre entre collègue (faut il accepter des cadeaux des patients par ex). Ca se finit souvent par : « c’est au cas par cas ». Une vraie réponse de normande « p’t’être bien qu’oui, p’t’être bien qu’on » mais ça montre bien qu’il n’y a pas toujours de grande règle et que le bon sens est souvent la meilleure règle. Bref, je m’égare.
    J’espère vraiment très fort que tu trouveras un autres thérapeute avec qui te conviendra pour la suite de ton parcours. Attention aux comparaisons! Parce que le but est justement d’avoir quelqu’un de différent qu’elle. Elle aura eut être des noms à te proposer?

    Voili voilou!!

    PS : je trouve toujours ton écriture (sur le fond mais aussi sur la forme) toujours aussi jolie! ^^

    J'aime

    • LafamilleB dit :

      Dire que j’attendais ton avis avec impatience est un euphémisme!
      Et merci parce qu’il éclaire bien des choses et notamment la réaction qu’a eue ma psy. C’est elle qui m’a proposé une suite. Un café. Texto. Je ne lui avais rien suggéré. Et c’est comme si entre temps, elle avait pris du recul et s’était dit: « merde, suis peut-être allée trop loin ». Bah moi fallait pas me proposer hein, parce que j’y vais, et à pieds joints 😂
      C’est comme si sa propre volonté la dépassait. Ma psy dit qu’il faut se méfier du bon sens 😉
      En tout cas je me rends bien compte qu’il ne suffit pas de vouloir faire péter un cadre pour qu’il pète. Je ne sais pas ce que ça donnera au final. Mais le fait qu’elle me propose de nouveau un rdv montre bien qu’elle veut me revoir…(on en a ri d’ailleurs), mais encore dans un cadre pro.
      Bref tout ça est riche d’enseignements pour moi, tu ne peux pas savoir…
      Quant à la personne qu’elle va me conseiller, je lui ai dit qu’elle devait absolument être moche et vieille, pour éviter tout risque 😅
      Elle pensait justement m’envoyer vers un homme…ce n’est pas du tout mon penchant premier mais en ce moment c’est « advienne que pourra! »
      Oui, elle va me proposer un nom mais quelqu’un qu’elle ne connaît pas pour éviter la multiplication des liens (pas top dans un contexte de transfert).
      Ah là, là, passionnant tout ça!!
      PS: merci pour l’écriture ❤️

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s