Récit de mon accouchement (rediffusion)

Je vous dévoile, pour ceux qui ne m’avaient pas suivie sur mon blog grossesse, le récit de mon accouchement sans péridurale. Absolument pas un choix. Je l’ai vécu comme une violence inouïe. Ce récit, vous le verrez, ne présentera ni introduction, ni paragraphes, ni mots surlignés. Je l’ai écrit 24 heures après la naissance de Réjane, abrutie, encore sonnée par ce qui venait de m’arriver. Je n’ai rien retouché aux mots que j’avais choisis alors… Prêts?

Janvier 2017

Je voulais écrire très rapidement le récit de mon accouchement, comme une catharsis. Je vous le livre, brut de ressentis. J’ai déjà lu des récits d’accouchements sans péridurale. Avec un sentiment ambivalent. La conscience de la violence de la chose. Et en même temps le sentiment que c’est faisable. Maintenant je sais pourquoi les récits sont tous en deçà de la réalité. D’une part le cerveau a une capacité incroyable à oublier et minimiser la douleur. D’autre part, aucun mot, aucune expression, aucune image ne peut décrire la douleur physique ressentie.

Il est 2h ce matin de janvier quand je suis réveillée par une contraction douloureuse. Je gère. Je compte. Toutes les 10 minutes. Nickel. Je prends une douche. Préviens Hamid et mes parents. Finalise la valise. Hamid prépare le ballon, du jus de fruit, les iPhone pour  noter la fréquence des contractions. Je prends bien-sûr le temps de photographier une dernière fois mon ventre, et même de signer le cahier de correspondance des filles (j’avais oublié, mère indigne!).

Je gère les contractions globalement sans problème. Des petites choses auraient dû me mettre la puce à l’oreille. J’ai eu envie d’aller à la selle par exemple. L’impression aussi que les contractions ne touchent pas seulement l’utérus mais provoquent un effet de pression sur le col. Mais comme je gère bien, et que les contractions ne semblent pas se rapprocher (toutes les 5 minutes) que pour les filles j’ai mis une vingtaine d’heures à accoucher, et que mes parents ne sont pas encore là, on attend.

Ils arrivent à 5h40, on décolle à 6h. Ma mère surtout (mon père ne sait pas ce que c’est) me redit comme elle est impressionnée de ma gestion de la douleur. Dans la voiture, je gère 3 contractions avec respiration et point d’acupuncture. Autre signe qui aurait dû m’alerter, je trouve que les points sont moins efficaces que pour Jasmée. Je me dis que je n’appuie pas assez fort.

On arrive aux urgences, la maternité est prévenue de notre arrivée. Dans les couloirs, je commence à souffrir davantage. Je dis même à Hamid, à 2 reprises « je vais mourir ». Et là, alors qu’on se dirige vers la salle de naissance, je perds les eaux. J’entends résonner à mes oreilles la voix de ma sage-femme, qui m’a (trop bien) préparée à gérer la douleur: Quand la poche des eaux est rompue, les contractions deviennent puissance 10 et le travail avance très vite. Je SAIS que c’est fini pour moi. Je SAIS que je suis dans la merde. Je me mets immédiatement à pleurer, à paniquer, je dis: « Oh non, non ». Quand on arrive dans l’espace naissance, je dis directement à la sage-femme: « J’ai peur de ne pas avoir la péri ». En fait ce n’est pas une crainte que j’exprime, c’est une affirmation. Elle me dit: « Une chose à la fois », et m’encourage en me disant que je gère très bien les contractions.

Je suis examinée très rapidement. La sage-femme me dit « Vous êtes à dilatation complète », (Je ne suis même pas surprise, je me dis juste « Pas de péri » et Hamid « Heureusement qu’on s’est mis en route bordel ») et enchaîne: « Pourquoi vous n’êtes pas venus avant? » (Cette question reviendra comme une litanie, mais ma SF m’avait prévenue qu’à la clinique, on n’est pas habitué à gérer des femmes arrivant dilatées à 6…alors vous imaginez à 10…).

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Un an de toi

Vous l’aurez peut-être remarqué, je parle peu de Réjane sur ce blog. Elle est rarement le sujet d’articles anecdotiques ou problématiques. Et pour cause…

Réjane,

Il y a un an tu venais au monde comme un boulet de canon. Moi qui croyais être une routière de l’accouchement, moi qui croyais vivre un épisode relativement identique aux précédents, j’ai expérimenté avec toi ce que c’est de vivre une souffrance abyssale, une souffrance qui vous arrache les tripes, une souffrance qui cogne le corps et imprime le cœur.

Avec toi j’ai vécu ce que je n’avais jamais vécu.

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2017: l’heure du bilan

Je m’essaie à l’exercice du fameux « bilan », en mesurant le chemin parcouru depuis 12 mois…

Je n’ai pas l’habitude de coucher par écrit les bilans de mes années. En général, je les fais mentalement, en mode « il y a un an/il y a un mois/il y a une semaine ». Je fonctionne beaucoup par « il y a », et mes remémorations ont parfois le goût de ruminations.

Je m’applique donc ici à clarifier et poser le vague murmure de mon âme.

2017 restera sans nul doute l’année de la réparation. Réparation physique et morale. C’est d’ailleurs sur ce terme que ma psy m’a quittée et félicitée en me disant que « je me débrouillais bien ». Je ne suis pas aussi enthousiaste qu’elle, mais je sens bien que j’ai fait du chemin.

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Qualité ou quantité? Du temps passé avec nos enfants

C’est encore un article trouvé sur les réseaux sociaux qui m’a alertée sur la question importante du temps passé avec notre progéniture, et m’a donné envie de la traiter. Vous avez certainement déjà lu cette assertion au détour d’un magazine féminin ou d’un magazine sur la parentalité: en terme de temps, mieux vaut de la qualité avec ses enfants plutôt que de la quantité.

Maxime qui s’est répandue depuis plusieurs années, répondant à la problématique des mères et des pères devant jongler entre vie professionnelle et personnelle, entre culpabilité, sentiment de toujours courir, d’être parfois être pris en otage par ses enfants d’une part, et les réels besoin et envie de partager et créer des liens avec eux d’autre part.

Maxime déculpabilisante s’il en est, qui nous fait presque pousser un « ouf » spontané de soulagement quand on la lit, et qui nous garantit qu’en « 15 minutes  voire moins », nous compenserons et rattraperons tous nos loupés temporels de la journée.

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Choix éducatifs et sexisme: le poids des jouets

L’actualité récente a mis en pleine lumière le sexisme latent dans nos sociétés et la nécessité de lutter contre. On ne peut nier qu’il s’agit d’une prise de conscience salutaire. L’écriture inclusive, les #balancetonporc et autres initiatives, par leur viralité et leur traitement médiatique, nous amènent à prendre du recul et analyser la source du machisme, notamment les différents pans de nos éducations.

Maman de trois filles, je me focaliserai naturellement sur les produits qui leur sont « dédiés », mais ma réflexion est bien entendu transférable au masculin.

Lorsqu’on est parents de fille(s), on se demande parfois: est-ce que mes choix ne sont pas en train d’en faire des cruches hypersensibles et mièvres biberonnées au rose bonbon et qui croiront à 25 ans que le prince charmant existe vraiment?

Lorsqu’on est parents de garçon(s), on se demande sûrement: mes choix ne sont-ils pas en train d’en faire des futurs machos-sexistes finis, mais en même temps, attention, ne suis-je pas en train de trop encourager leur sensibilité et leur côté féminin, et d’en faire des faibles?

Dans ces questionnements légitimes, le jouet occupe une place de choix, révélatrice.

Depuis quelques années, les catalogues de jouets ne mettent plus systématiquement en scène des filles jouant à la poupée et des garçons jouant aux soldats.

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